samedi 28 avril 2012

Sorbée on Ice


A première vue, on croirait un lac gelé...


Et puis, l'étonnement passé, on reconnaît les piquets de vignes. On distingue les stalactites qui courent sur les fils et recouvrent les ceps d'une gangue de glace. C'est qu'il a fait jusqu'à moins 10 degrés, certaines nuits de la semaine, sur les coteaux de Biaune et de Sorbée.
"On a réussi à protéger... Un peu...", lâche Hélène Gautherot. 
Mieux que ça, en fait. Car Bertrand, cette fois, avait prévu son affaire pour protéger ses Chardonnays et ses Pinots noirs. Refroidi par la tuile de 2004 et les pertes de 2011, le champenois a mobilisé ses troupes pour éviter le pire. Chaque fois que le gel menaçait, il à mis le réveil à minuit et scruté le thermomètre à s'en faire mal aux yeux.
"Le soir tu regardes la température et tu imagines la suite. Alors tu te lèves, t'enfiles ta parka parce que ça pique dehors... Et tu passe la nuit dans la camionnette à deux ou trois. Tu scrutes. Tu joues avec la lune blanche, qui rafraîchit l'ambiance et le nuage qui viendra la réchauffer de quelques degrés. Et quand il faut... C'est parti! On arrose!".
Le secret est là: pulvériser sur les vignes de l'eau à 4 degrés, en jet continu, pour empêcher les bourgeons et les premières feuilles d'être saisies, de griller sur le sarment. Le paradoxe veut que le glaçon qui se forme, parce qu'il reste humide, protège la plante du gel. Protection naturelle garantie, bien mieux que la chaufferette au fioul qui a longtemps obscurcie de son nuage noir les nuits champenoises.



Et voilà pourquoi, en se promenant entre les stalactites de Sorbée ce matin, les Gautherot ont le sourire. "Regardes, c'est tout beau. C'est magnifique", murmure Bertrand. Avec fierté. Et de jolies cernes sous les yeux.


A propos des Gautherot, on peut aussi lire (entre autres) : "Dans les bras de Sorbée"

dimanche 1 avril 2012

Quand les Grands s'inquiètent...


Une tirade, lue dans la dernière livraison de la RVF et qui vaut qu'on y réfléchisse:
"Au prix actuel, seules les grosses structures peuvent se permettre d'acheter de la vigne. (...) Le risque est qu'il y ait de moins en moins de grands vins, que le style se nivelle par le bas, que les vrais vignerons, méticuleux, passionnés, finissent pas disparaître au profit de grandes maisons. (...) Ce serait la fin de la diversité. On songe a faire classer notre vignoble au Patrimoine Mondial de l'Unesco, mais on ne fait pas en sorte qu'il reste entre les mains de vrais vignerons. C'est vraiment triste".
Les auteurs de cette harangue ne sont pas des révolutionnaires échevelés. Ils ne militent pas dans d'obscurs groupuscules. Et n'ont pas la réputation d'être d'infatigables râleurs. Ces mots sont signés Raphaël et Jean-François Coche-Dury, stars de Meursault (photo Anthocyane). Leurs vins sont parmi les plus recherchés au Monde: on a vu, par exemple, des bouteilles de leur Corton-Charlemagne se revendre deux mille euros pièce.

Autrement dit, ils n'ont pas, personnellement, de soucis à se faire. Et c'est bien ce qui devrait nous inquiéter... Parce que quand les Grands se font aussi ouvertement du mouron, c'est que les autres ont déjà commencé à trinquer.


samedi 28 janvier 2012

Buvons! (encore...)


J'ai ouvert dimanche une bouteille de Chablis 2007 de l'ami Pico, Premier cru Montmain. C'était chouette. Et utile... Son petit goût de noisette, sa fraîcheur intacte, sont venus me rappeler qu'on ne tarderait plus maintenant à déguster son dernier millésime. Et pour cause: Thomas, sa passion du bio et son respect du Chardonnay, seront bientôt du voyage de Verchant pour la dégust Sud du VindemesAmis.

Déjà, me direz vous...

Et bien oui, déjà. Après Paris, le Sud... Et une fois de plus les Amis, tous les Amis, seront de la fête. Pour beaucoup, c'est une affaire d'habitués, presque une reconstitution de ligue dissoute. Leurs noms font chanter les verres avant même de les remplir: d'A comme Arena à V comme Valette, il forment l'alphabet des copains: Breton, Comor, Da Ros... Foillard, Gautherot... Jousset, Lapierre, Mosse... Puzelat, Richaud, Senat... Et ceux que l'on oublie pour vous laisser le bonheur de les redécouvrir.

Mais aussi les vedettes américaines: ces vignerons précieux mais rares, qui mesurent leurs sorties au compte-goutte. Parmi ceux-là il ne faudra rater ni Didier Barral, l'indispensable rebelle de Faugères (en photo à gauche), ni Cyril Fahl, le moine-soldat du Clos du Rouge-Gorge, féru de littérature autant que de vignes pentues. Les amoureux de Chateauneuf se régaleront des jus rouge sang de Chauvin, les fanas de bulles s'égareront avec bonheur entre les pommes et les poires de Bordelet. Quand aux dingues de Rioja, ils auront le droit de goûter - plaisir trop rare - les cépages autochtones d'Olivier Rivière.

Inutile de broder, je crois. L'étoffe est précieuse sans qu'on ait besoin d'en faire l'article; la liste des invités est là pour en témoigner. Comme la buvette est ouverte du dimanche 14 heures au lundi soir, vous aurez, en plus de l'embarras du choix, le loisir de choisir votre moment. Profitez-en. Et à la vôtre!

La dégustation du VindemesAmis, les dimanche 19 (jusqu'à 19h) et lundi 20 février 2012 (10h à 19h), au Domaine de Verchant, 34170 Castelnau le Lez. Droit d’entrée : 10 euros, avec un verre Italesse offert.

samedi 26 novembre 2011

Piqûre de rappel...



La dégustation du VindemesAmis, c'est ce lundi de 10 à 19 heures à la Cartonnerie, 12 rue Deguerry, 75011 Paris. Entrée: 5 euros (verre italesse offert). Pour le détail voir dessous. Vous êtes tous les bienvenus!

jeudi 27 octobre 2011

Back in town!


Comme chaque année à la fin novembre, les amis se dégustent à Paris. Pour cette quatrième édition, changement de lieu, mais pas de rive, ni d'arrondissement: rendez-vous à la Cartonnerie (11ème), un ancien atelier "dans son jus", comme dit Charlotte Senat, c'est à dire comme on les aime pour goûter - précisément - les jus de nos Amis.

Cette année encore, parce qu'on ne change pas une équipe qui gagne, on boira du Senat avec Foillard, de l'Arena avec Valette, du Clairet avec Comor, du Mann avec les Bott, du Gautherot avec les Jousset ou encore du Puzelat avec Palacios. Du Languedoc de Reder à la Loire des Breton, de la Provence du domaine d'Hauvette à la Bourgogne d'un Pico et l'Ardèche du Mas de Libian, tout le monde est là.

Mais coté nouveautés, on est aussi servis. Il faudra sans façon passer par l'Italie avec la dolomitissima Elisabetta Foradori et l'époustouflante Stoppa d'Elena Pantaleoni. On se servira un Whisky alpin du Domaine des Hautes Glaces. On sirotera les "sables fauves" du Bas Armagnac de Laballe ou une liqueur des Pyrenées... Pour terminer sur l'amertume d'un petit noir "de terroir" sélectionné par l'Arbre à café. Le tout pimenté par les petits mets concoctés par les copains de Fulgurances.

Oui, fin novembre, les Amis sont de retour. Qu'on se le dise!


La dégustation du VindemesAmis - de 10 à 19 heures, le lundi 28 novembre 2011 à la Cartonnerie, 12 rue Deguerry, 75011 Paris. Entrée: 5 euros (verre italesse offert).

mardi 25 octobre 2011

Le grand retour des "oubliés"


J'ai dans la cave un magnum que m'a glissé un beau jour l'ami Marcel. Je me souviens que c'était au cul du camion, un de ces jours de livraison où le temps presse, en plein coeur de Paris.
"Tiens, m'a-t-il dit entre deux caisses de Cairanne dûment estampillées. Tu goûteras ça! J'y tiens... C'est trop petit pour en faire une vraie cuvée, mais c'est drôlement chouette, tu verras!"
Depuis, la bouteille est restée là, anonyme ou presque, à se couvrir de poussière au fond d'un râtelier. Pas d'étiquette, pas de cire, juste quelques mots tracés à la va-vite au feutre blanc: "Counoise de chez M.Richaud, 2009".
"C'est un des petits cépages du coin, comme le Terret Noir ou le Piquepoul, explique Marcel Richaud. Un cépage qu'on a volontairement oublié au profit des grands, comme le Grenache ou la Syrah. Trop anecdotique pour tirer son épingle du jeu des Appellations. Trop rare pour peser face à la grosse cavalerie de l'AOC... Alors il disparaît, petit à petit... Mais c'est un tort! Parce que c'est un cépage qui donne de tous petits degrés d'alcool - ce qui nous arrange bien en ce moment - et un coté poivre blanc qui se marie merveilleusement avec le grenache. C'est de la complexité..."
Et il ajoute, mystérieux, qu'"il parait", qu'Henry Bonneau, l'iconoclaste alchimiste de Chateauneuf, ne manque jamais d'en "glisser une pincée dans tous ses vins". Et peut-être un brin de Muscardin ou un soupçon de Camarèse que les anciens connaissaient sur le bout des doigt et qu'il fait bon redécouvrir.

Car comme il y a les "légumes oubliés" en cuisine, il y a désormais coté vin les "cépages oubliés" ou plutôt les "Cépages modestes" comme le disent joliment les organisateurs des premières Rencontres du genre, le week-end prochain en Aveyron. Bien sûr Marcel Richaud y est annoncé. On y croisera les Plageoles venus de Gaillac plaider la cause du Mauzac et autres Verdanol (à gauche Robert, le patriarche). Mais on y parlera aussi Poulsard, Chazan, Oeillade, Persan, Fer Servadou ou encore Chouchillon. On pourrait y ajouter le Colombard cher à Dominique Andiran... La Negrette que Thierry Michon caresse avec ferveur et que le Frontonnais réapprend à travailler... La liste est longue et c'est heureux. Elle prouve qu'à coté des grosses cylindrées et des autoroutes de la viticulture de masse, il existe encore de petits paradis à redécouvrir.


Les premières Rencontres des Cépages Modestes sont organisées le samedi 29 et le dimanche 30 octobre - à Saint-Côme-d'Olt (près d'Espalion, Aveyron), Couvent de Malet. détails des conférences et dégustations sur le site. Prix d’entrée : 20 €

lundi 3 octobre 2011

Anjou et contre tous!


C'est une des fortes têtes de la Loire. Un franc tireur du rouge d'Anjou qui depuis près d'un quart de siècle cultive sa différence sur sept hectares de Cabernet, de Grolleau et de Gamay. Ca fait deux décennies maintenant qu'Olivier Cousin (ci-dessous, photo Rafaele Bonivento) a rayé de sa carte les sucres ajoutés et les pesticides. Vingt ans qu'il participe au renouveau de son appellation à grands sillons et au cul de ses chevaux. Avec un art consommé de la provocation:
"Nous, on est une bande de gueux, proclamait-il ainsi en juillet dernier dans le Monde Magazine. On fait du vin parce qu'on adore ça. Et si on a envie d'en reprendre un deuxième verre, c'est qu'il est bon"
Il y a dix ans, lassé des tracasseries administratives et de la dictature des Commissions d'agrément, il a claqué la porte. Lui qui incarne l'Anjou mieux que personne, a tiré un trait sur l'Appellation d'Origine Controlée (AOC) pour se réfugier - et il n'est pas le premier! - au rayon Vin de Table (devenu Vin de France). Mais on ne se refait pas... Pour faire la nique aux mauvais buveurs de la profession, ce cabochard s'est vengé avec humour en détournant l'acronyme qu'on lui refuse: sur ses cartons, il a inscrit AOC... Pour "Anjou Olivier Cousin"! C'en était trop aux yeux de la profession:
"Ils ont fait très fort!, s'indigne la journaliste vigneronne Sylvie Augereau, sa voisine. Comme il refuse le système et ne se présente pas aux dégustations d'agrément, il n'a droit à aucune mention géographique. Résultat: dans cette région miséreuse ou les cuves débordent, il se retrouve accusé de tromper le consommateur, de se servir d'un grand label pour vendre un vin que, de toute manière, il n'a aucun mal à écouler!"
L'addition risque d'être salée. Parce qu'elles l'accuse de "faire du tort à l'appellation" (sic), les Fraudes menacent Olivier Cousin d'une amende pouvant atteindre 45.000 euros. Un comble pour un vigneron né sur cette terre angevine et qui participe chaque année à faire rayonner sa région des Etats Unis au Japon. Pourtant, les pieds bien campé dans ses vignes de Martigné Briand, le rebelle se dit déterminé à affronter cette nouvelle tempête:
"Je ne veux pas qu'on me plaigne!, répète-t-il bravement. C'est un combat. Moi, je suis un gaulois, un guerrier. J'aime la bagarre. Et je n'ai pas fini de me battre!".
Aujourd'hui pourtant, Olivier est écoeuré par ces vexations. Fatigué aussi des contrôles à répétition auxquels il est, comme par hasard, soumis plus souvent qu'à son tour. Mais de là à baisser les bras, il y a un monde, assure-t-il. Et tant mieux. Parce que ça, pour le coup, ça ferait - vraiment! - "du tort à l'appellation".


Pour soutenir Olivier Cousin, vous pouvez ajouter votre nom à la lettre collective au Procureur de la République que vous trouverez ici, sous la plume de Sylvie Augereau.

A part ça, à propos de rebelles et de "retoqués", on peut aussi lire, entre autres: "La grosse colère de Marcel", "Vin de table toi-même" ou encore "Les caves se rebiffent".